jeudi 2 juin 2016

Être fidèle à soi-même envers et contre tout

Il était une fois hier...

Cette semaine après avoir rencontré une jeune maman atterrée par la violence en milieu scolaire et bien décidée à se lancer dans l’aventure IEF malgré l’opposition de son entourage (une opposition qui me semble toujours inepte car premièrement de quoi je me mêle, deuxièmement pourquoi juger en amont quelque chose qui nous est inconnu, troisièmement n’y a t’il pas des choses bien plus graves sur cette terre auxquelles il serait opportun de s’opposer?), mes propres années d’école me sont revenues en mémoire...
Laissez moi vous conter l’histoire de cette petite fille, rêveuse, pleine de curiosité et de gentillesse qui aime profondément la vie et n’a qu’une envie: s’amuser avec les autres.
Cette petite fille a les cheveux courts tel un garçon mais c’est avec de jolies robes qu’elle aime courir, est-ce à cause de cet heureux contraste qu’un petit garçon trouve qu’il est acceptable de la traquer à chaque récréation pour lui donner des coups de pieds? (j’apprendrai plus tard ce qu’est un “stroke” terme employé en Analyse Transactionnelle pour définir un message qu’on envoie à l’autre pour lui signifier que pour nous il existe, que nous savons qu’il est présent et ces signes de reconnaissance peuvent-être verbaux ou non-verbaux, négatifs ou positifs, conditionnels ou inconditionnels, obtenus par une demande directe ou indirecte... en fait, il voulait juste être mon ami, c’est ce qu’on appelle l’amour “vache” sûrement! ).
Nous sommes alors en 1979, à l’heure de la récréation dans une école maternelle au coeur de la capitale: elle ne dit rien, pétrifiée elle reste prostrée sur un banc à chaque récréation, observant les autres qui s’amusent avec deux voitures à pédales, voitures dans lesquelles elle ne montera jamais; aucun adulte, aucun enfant ne viendra alors lui demander pourquoi elle reste ainsi... et pourtant la cour est si petite...
Débuts des années 80, elle vit à la campagne maintenant, mais rien n’a changé les garçons courent  après les filles pour soulever leur robe, c’est terrifiant voyez-vous, et la nuit dans ses cauchemars elle se retrouve sans culotte à l’école, d’ailleurs chaque matin elle vérifie à plusieurs reprises qu’elle a bien mis une culotte et préfère y aller en pantalon alors qu’elle aime tant les robes.
Et puis il y a le fils du dentiste, ce petit gros au visage ingrat, qui tortille inlassablement sa mèche de cheveu pendant les heures de classe et dont la passion quotidienne est de courir après cette petite fille dès que sonne la cloche et de lui asséner le plus formidable des coups de pied.
Mais la petite fille n’est pas d’accord, elle surveille l’heure, ne manque pas une minute et commence à ranger discrètement ses affaires avant que ne sonne la cloche, ainsi est-elle certaine d’avoir l’avance nécessaire pour courir se réfugier derrière un premier surveillant, un deuxième surveillant, se cacher dans un couloir, se fondre dans la masse... elle arrive ainsi à lui échapper mais le “jeu” jamais ne cesse et chaque départ en récrée, chaque fin de matinée, chaque fin de journée est une véritable angoisse...
Vient ensuite ce garçon aux lunettes loupe, qui menace de la battre si elle ne lui rapporte pas chaque jour des bonbons - un chantage qui ne durera pas longtemps: ma mère alertée par mes réclamations intempestives finira par m’extirper les vers du nez et se rendra aussitôt d’un pas décidé à l’école pour mettre les choses au point avec cet enfant tyran. Une fois le message passé le mini persécuteur deviendra miraculeusement mon protecteur m’assurant une fin d’année sereine! (Stroke encore une fois quand tu nous tiens!)-
Vient le temps du collège, nous sommes revenus en ville et la petite fille devenue grande y entre avec un an d’avance.
Pourquoi a-t’elle cette année d’avance se demandent alors ses camarades de classe, pourquoi porte-t’elle des chaussures de curé (des Dr Martens, bien à la mode maintenant.), pourquoi son look est-il différent de celui des autres filles, pourquoi sa mère roule-t’elle en méhari et surtout pourquoi alors qu’elle ne fait rien pour attirer cette attention les garçons l’ont-ils noté comme étant la plus jolie fille de la classe?
C’est ainsi que les ennuis commencent...
Une jolie peste du nom d’Emilie dont elle admire l’originalité vestimentaire répand la plus ignoble des rumeurs à son sujet, une rumeur digne des Sorcières de Salem, une rumeur qui court comme le vent, traverse tout le collège, atteignant même le lycée voisin.
On chuchote à son approche, on ne l’aime pas avant de la connaître, on ne l’invite plus aux anniversaires et comme ça, du jour au lendemain, elle devient la bête noire du collège...
- Je me souviendrais longtemps de cette fille qui quelques années après, est venue me trouver à la fin d’une soirée pour me présenter des excuses et me dire qu’elle avait eu tort de participer à l’hystérie collective, que j’étais en fait une fille très sympa et qu’elle ne comprenait pas d’où venaient toutes ces choses horribles qu’elle avait entendu à mon sujet, je me rappelle m’être sentie amère... je n’ai jamais compris ces personnes qui suivent aveuglément le mouvement, juste parce que “on” a dit que!
Bien heureusement, mes années collège m’auront aussi apporté des joies et des fous rires et cela grâce à trois amies sensationnelles: Sophie, Julie et Nadia, qui sont toujours restées à mes côtés quoiqu’il se dise.
Par la suite, mes années lycée m’ont offert une nouvelle vie quand, en classe de seconde, tout un groupe d’élèves a pris ma défense face à une nouvelle mauvaise langue. J’ai compris à cet instant que je pouvais être appréciée pour la personne que j’étais par un plus grand nombre et que ces attaques n’étaient pas une fatalité, à moi de savoir m’entourer des bonnes personnes.
J’ai tout de même vécu quelques épisodes du même acabit par la suite...
Pourquoi cet acharnement me demanderez vous?
Avec le recul, je pense que le fait que je sois si fidèle à mon individualité, que je marche la tête haute comme on me l’a appris, que j’affirme ma pensée avec passion, que je m’isole souvent dans mes pensées (je souffrais alors de l’abandon de mon père), que je refuse de me fondre dans la masse par complaisance ou même de rejoindre un groupe en particulier, a fortement contribué à ce que je devienne la proie idéale de quelques malheureux, car un être heureux n’a pas besoin d’agir de la sorte, n’est-ce pas? Et puis, le plus important, c’est que je n’ai jamais su dire STOP, j’ai accepté sans rien dire... je n’avais alors pas assez confiance en moi et peut-être même qu’une partie de moi pensait que je n’étais pas assez bien et le méritait ... mais personne ne mérite ce traitement, non personne.
Cette histoire n’est pas seulement mienne, je la partage avec grand nombre d’enfants et même d’adultes, cette histoire m’a appris qu’il est primordial de transmettre à ses enfants une force tranquille: la confiance en soi et que si être gentil est nécessaire pour vivre heureux, on ne doit pas tout accepter des autres.
Une copine m’a un jour clamé: “il faudra bien un jour que tu acceptes la normalité!”.
La normalité? Qu’entendait-elle par cela? J’aimerai le savoir, car si être “normal” est renoncer à être moi ou à ma liberté de choix pour devenir quelqu’un que je ne suis pas et en quelque sorte raser les murs la tête basse, alors permettez-moi de vous dire que je trouve cette idée on ne peut plus anormale.
Chacun a le droit d’exister avec ses propres couleurs et il n’appartient pas aux hommes d’en décider autrement. C’est l’unicité de chaque être qui, à mes yeux, rend l’existence si belle.
Il est vrai que j’ai pleuré bien des fois en rentrant de l’école et qu’y aller chaque jour était un véritable supplice, je passais mes journées à attendre que ça se passe, je ne travaillais guère, juste assez pour ne pas y rester plus que nécessaire et je suis extrêmement reconnaissante envers ces trois professeurs qui m’ont donné les encouragements dont j’avais besoin pour trouver la force de continuer (Mme Villard, Mme Piccamale, M Mignot je pense à vous souvent...), mais la vie offre une kyrielle de possibilités à celui qui sait les saisir et chemin faisant je suis devenue une adulte pas trop mal dans ses bottes, grâce entre autre, à la lecture véritable refuge, l’expression artistique véritable plaisir, à un mental d’acier (même si j’avoue parfois me sentir un peu usée de l’avoir tant utilisé), à une volonté farouche d’aimer son prochain, à un optimisme à toute épreuve, à un amour incommensurable pour la vie et toutes ses merveilles, à mon éducation familiale, à mes voyages qui m’ont permis d’ouvrir mon horizon et il ne faut pas se mentir, à plusieurs années de psychothérapie bien menées!
Ces voyages qui ont nourri mon âme... l’Australie


Le Brésil


Les États-Unis


Les gens se méprennent quand ils insinuent que l’école et la violence des cours de récrée préparent les enfants à la violence du monde adulte, je dirais même que c’est de la psychologie “flamby” (vous savez on tire la languette et ça fait flop!), car un enfant qui grandit dans un cadre bienveillant, un enfant mis en confiance et se sentant aimé deviendra un adulte épanoui et abordera bien plus sereinement les obstacles qui se présentent à lui.
L’école n’est qu’un outil comme tant d’autres dans le parcours d’un enfant, elle n’est pas sa matrice, elle est là pour transmettre des connaissances dans un cadre qui se doit d’être sécurisé, attentif, règlementé et respectueux.
Voilà, à mon sens, le rôle de l’école, ne mélangeons pas les emplois, et quand elle ne le remplit pas et que l’enfant fait part de sa souffrance, pourquoi serait-il alors justifié de l’y laisser comme aime à le recommander “on”? Et oui encore ce fameux “on” dont une majorité véhicule les préceptes sans trop savoir pourquoi...
C’est sur cette dernière pensée que s’achève cette chronique qui n’a pas été écrite pour donner matière à débat mais juste pour partager un bout de vie comme j’aime parfois en partager un avec vous.
Aussi, retirez en ce que bon vous semble et rappelez vous que hier n’est plus, demain sera un autre jour, alors n’oubliez surtout pas de vivre pleinement votre aujourd’hui...

9 commentaires:

  1. Tu écris si bien, tes mots sont cinglants, vrais, percutants et terriblement émouvants. C'est dramatique à dire, mais ces horreurs ont également fait de toi ce que tu es aujourd'hui. Ils ne sont à souhaiter à personne.
    Chacun sait combien l'enfant peut être dur et sans pitié. Mais sans tout rejeter sur les parents, je reste persuadée que le rôle de ces derniers est essentiel à la conscience qui se développera chez l'enfant.
    Des phrases comme celle ci sont essentielles: "Oh, il s'est fait mal, il faut lui faire un câlin", "Il est triste, il faut le réconforter", "Il est un peu enveloppé, et alors c'est heureux qu'il y ait des différences.
    Parler des guerres, du racisme, de l'homophobie, des moqueries, du mal auquel on ne doit pas céder.
    Mais surtout parler d'amour, faire des câlins, se prendre la main, s'enlacer, se raconter des histoires, jouer avec son enfant, l'écouter et l'entendre surtout.
    Toutes ces choses, les enfants qui t'ont fait du mal, n'ont jamais du les entendre....c'est si triste.
    Ce qui compte à présent, et même si la douleur reste et ne s'effacera jamais, c'est d'être ainsi avec tes et nos enfants. Montrer le chemin de l'amour, de la liberté, de la générosité.
    Tu es une femme exceptionnelle pour moi et une véritable rencontre.
    Je pense qu'il est très important de se dire les choses...Alors, je te le dis, je t'aime <3

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  2. Oh ma chère Vic, tu es un amour et je te retourne le compliment, tu es toi surtout une femme exceptionnelle pleine d’amour, de gentillesse et d’énergie!
    Je suis entièrement d’accord avec toi l’estime de soi, le respect de l’autre, de son environnement... font partie intégrante de l’éducation parentale.
    Adulte, je réalise que ces enfants ont eu à mon égard des strokes négatifs car ils avaient besoin d’attention, mais enfant je ne pouvais le savoir et ne comprenais pas leur attitude aggressive; même si cette mémoire est indélébile, je ne suis plus en colère.
    Je suis moi aussi ravie d’avoir croisé ton chemin et tu as bien raison il est important de se dire les choses... moi aussi je t’aime et je te remercie pour ces mots qui me touchent profondément.

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  3. Quel article touchant et bouleversant ! Tes loulous à toi n'auront pas à vivre ce que tu as vécu. Tu leur offres autre chose et ils n'en seront que plus épanouis. Ces "on", je les ai aussi affrontés mais plutôt à l'âge adulte. Ils sont blessants et font mal même quand on sait leur dire sans diplomatie aucune: "mer.." ! Alors, j'imagine l'impact sur des enfants...Les souffrances à l'école ne renforcent pas un enfant. Elles nourrissent les cabinets de psy (et je dis ça, car je suis aussi passée par cette case, comme toi, mais pas à cause de l'école qui, elle, était plutôt mon refuge, mon paradis...parce qu'il y avait une bibliothèque pleine de livres, entre autres ! ;-) ).
    Comme Vic, I love you ! Et j'ai hâte de te serrer dans mes bras ainsi que toute ta tribu, très bientôt.

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  4. Beaucoup en commun... Petite fille sage également, petite fille aux idées trop différentes aussi...
    Merci pour ton message qui touchera plus d'une personne...
    Bises.

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  5. Superbe article et bravo pour avoir oser écrire tout ça!!

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  6. Bravo pour cet article émouvant qui me rappelle durement le vécu de ma dernière.
    Malgré les rendez-vous pris avec les enseignants pour en parler, peu de choses ont pu se mettre en place, tant que le harceleur n'est pas pris en flagrant délit c'est difficile d'intervenir. Pire, il se venge ensuite en douce.
    Nous avions beau réagir en famille, elle était persuadée mériter ses méchancetés.
    Elle va bien maintenant mais il a fallu batailler pour que son estime de soi remonte.
    Alors encore merci de ce témoignage.

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    1. Je lui souhaite un avenir radieux et de vite comprendre qu’elle mérite bien plus d’être aimée!

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