jeudi 19 novembre 2015

Récitations sur l’Automne et l’Hiver


Récemment en déballant quelques vieux cartons oubliés j’ai trouvé une série de vieux manuels d’écolier dont un vieux cahier de récitations qui appartenait à mon père alors qu’il était en 8 ème (CM1), voilà ce que dit la préface: “ La récitation n’est-elle pas l’un des meilleurs moyens de contribuer à l’éducation esthétique et à la formation du goût de l’enfant tout en lui enseignant “l’usage correct des mots et des tours de notre langue”? Mais cet apprentissage du français ne saurait être pleinement efficace que si les textes sont choisis avec discernement. C’est à l’école des grands écrivains qu’il nous faut mettre nos élèves, car “ce qu’il y a de meilleur est tout juste assez bon pour l’enfant”. Aussi les textes que nous avons proposés sont-ils extraits des oeuvres des grands maîtres.”

Je vais donc partager petit à petit ces textes magnifiques.

Pour commencer, un texte extrait du roman Monsieur, Madame et Bébé, de Gustave Droz (1832-1895), peintre et romancier français. Ce roman a connu un succès phénoménal en Europe et aux États-Unis; en effet, le personnage de l’enfant, du bébé, y est mis à l’honneur, une nouveauté dans les années 1870. Les préoccupations de l’époque en matière de vie familiale y sont fidèlement dépeintes.


Gustave Droz


L’Automne

    Connaissez-vous l’automne, l’automne en plein champs, avec ses bourrasques, ses longs soupirs, ses feuilles jaunies qui tourbillonnent au loin, ses sentiers détrempés, ses beaux couchers de soleil, pâles comme le sourire d’un malade, ses flaques d’eau dans les chemins... connaissez-vous tout cela?
    Si vous avez vu toutes ces choses, vous n’y êtes certes pas resté indifférent. On les déteste ou on les aime follement. Je suis au nombre de ceux qui les aiment, et je donnerais deux étés pour un automne. J’adore les grandes flambées; j’aime me réfugier dans le fond de la cheminée, ayant mon chien entre mes guêtres humides. J’aime à regarder les hautes flammes qui lèchent la vieille ferraille aux dents pointues et illuminent les noires profondeurs. On entend le vent siffler dans la grange, la grande porte craquer, le chien tirer sur sa chaîne en hurlant, et malgré le bruit de la forêt qui tout près de là rugit en courbant le dos, on distingue les croassements lugubres d’une bande de corbeaux qui luttent contre la tempête. La pluie bat les petites vitres; on songe à ceux qui sont dehors en allongeant ses jambes vers le feu.
    Oui, j’aime beaucoup l’automne..., non pas seulement à cause du plaisir qu’il y a à se retrouver ensemble autour d’un grand beau feu, mais aussi à cause des bourrasques elles-mêmes, du vent et des feuilles mortes. Il y a un charme à affronter tout cela.


Maintenant un texte de Albert Samain, poète symboliste français (1858-1900), extrait de l’oeuvre poétique Le Chariot d’Or.



Portrait d’Albert Samain par Félix Vallotton


Automne

Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets,
Là-bas tord la forêt comme une chevelure.
Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure,
Pareil au bruits des mers, rouleuses de galets.

...Le vol des guêpes d’or qui vibrait sans repos
S’est tu, le pêne grince à la grille rouillée;
La tonnelle grelotte et la terre est mouillée,
Et le linge blanc claque, éperdu, dans l’enclos.

Le jardin nu sourit comme une face aimée
Qui vous dit longuement adieu, quand la mort vient;
Seul, le son d’une enclume ou l’aboiement d’un chien
Monte, mélancolique, à la vitre fermée.



Continuons avec un de mes auteurs préférés, surtout pour ses nouvelles, l’excellent Guy de Maupassant (1850-1893), un homme aux moeurs légères, mort trop jeune de la grande vérole. Ce poème est extrait du recueil intitulé Des Vers


Guy de Maupassant



Nuit de Neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
L’hiver s’est abattu sur toute floraison.
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant.
Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh! la terrible nuit pour les petits oiseaux!
Un vent glacé frissonne et court par les allées.
Eux n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas,
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège;
De leur oeil inquiet, ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.



Et pour finir cette séquence récitation voici un extrait du roman de Théophile Gautier, célèbre poète, romancier et critique d’art français (1811-1872): Le Capitaine Fracasse (à lire absolument!)


Théophile Gautier


Première Neige

Un matin, le soleil, qui s’est levé tard, dessine son disque pâle derrière un rideau de brume jaunâtre; le ciel est si bas qu’il semble toucher la terre. Des bandes de corbeaux partent pour aller dépecer quelque bête morte. Le noir essaim fend l’air d’un vol plus rapide que d’ordinaire, car il a, avec son instinct prophétique, pressenti un changement de temps.

En effet, de blancs flocons de neige commencent à voltiger et à tourbillonner, comme le duvet de cygnes qu’on plumerait là-haut. Bientôt ils deviennent plus nombreux, plus pressés; une légère couche de blancheur, pareille à cette poussière de sucre dont on saupoudre les gâteaux, s’étend sur le sol. Une peluche argentée s’attache aux branches des arbres, et l’on dirait que les toits ont mis des chemises blanches.

Il neige. La couche s’épaissit, et déjà, sous un linceul uniforme, les inégalités du terrain ont disparu. Peu à peu les chemins s’effacent, les silhouettes des objets sur lesquels glisse la neige se découpent en noir ou en gris sombre. A l’horizon, la lisière du bois forme une zone roussâtre, rehaussée de points de gouache. Et la neige tombe toujours lentement, silencieusement, car le vent s’est apaisé. Les bras des sapins ploient sous le faix, et quelquefois, secouant leur charge, se relèvent brusquement; des paquets de neige glissent et vont s’écraser avec un son mat sur le tapis blanc.

Les geais, les pies glapissent aigrement et font grincer leur crécelle en volant d’un arbre à un autre, pour chercher un abri contre les étoiles glacées qui tombent sur leur plumage; les moineaux, blottis sous les feuilles des lierres, le long des vieux murs, poussent des piaillements de détresse. Ils ont froids, ils ont faim, et l’avenir de leur déjeuner les inquiète...




Toutes les saisons sont belles et tragiques à voir ...
J’espère que, comme moi, vous ressentirez la beauté de ces textes; sachez qu’il n’est pas nécessaire qu’un enfant comprenne complètement un morceau de récitation appris par coeur, l’essentiel est que le texte l’intéresse et qu’il fasse naître en lui l’émotion. Peu à peu les mots deviendront des amis et trouveront leur place dans son esprit.




3 commentaires:

  1. Magique et magnifique ! On en veut encore et encore ! Merci pour ce beau billet, Ninon.

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  2. Voilà un commentaire qui me fait bien plaisir en ce jour de pluie et grisaille! Oui, oui il y aura plus! Merci Aurore.

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  3. Merci pour ce beau partage! Mes loulous vont se régaler :-)

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